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LOtérie Nationale de Côte d'Ivoire |
L’Invité des rédactions Fraternité Matin Discours introductif du Chef de l’Etat![]() Lavoici.news : mardi 22 décembre 2009
Je voudrais dire merci au quotidien Fraternité Matin qui a 45 ans. Il a succédé au quotidien Abidjan Matin et a même pris au départ une bonne partie des journalistes qui travaillaient à Abidjan Mati, dont mon ami Dioulo. Cet ami faisait des reportages sportifs. Il est décédé maintenant. J’avais beaucoup d’amis ici parmi lesquels Marc Ziké. C’est lui qui animait la page des jeunes. Il m’avait confié une rubrique où j’écrivais des articles sur la musique. C’est ainsi que j’ai publié un article sur Fax Clark, puis un autre sur un batteur, James Anobil. J’ai aussi fait un article sur Amédé Pierre. J’ai rédigé quelques articles comme ça. C’est même dans Fraternité Matin que j’avais lancé les débats sur les sources non écrites de l’histoire africaine qu’on a appelées après «débats sur la drummologie». Fraternité Matin a bien épousé le changement, c’est-à-dire le passage du parti unique où il était quotidien unique, au multipartisme où il y a eu pluralité de journaux. Fraternité Matin a résisté. C’est une chose qu’il faut lui reconnaître et je lui reconnais ce mérite. Aujourd’hui, la Côte d’Ivoire a connu une crise sans précédent. Nous avons fini de consentir tous les sacrifices qu’il fallait. Nous avons eu même, en plus, pendant cette crise-là, des catastrophes dont nous n’avions pas besoin, comme le Probo Koala et les déchets toxiques. La Côte d’Ivoire a traversé une période difficile. Il faut qu’on se donne la main pour en sortir et qu’après, on reprenne notre vie normale faite de contradictions, de discussions, de querelles même quelquefois. Mais pourvu qu’elles restent des querelles verbales. C’est dans cette période que les grèves interviennent. Je voudrais dire aux grévistes de comprendre. Quand je leur dis que je ne vais pas leur donner un franc en dehors de ce que le ministre de l’Economie et des Finances leur a dit (c’est vrai que je ne vais pas le faire), ce n’est pas par défiance. C’est simplement parce que c’est la réalité de la situation. On ne donne pas ce qu’on n’a pas. Pendant six ans, de 2003 à 2006, on a eu 83 mouvements de grève qui ont été déclenchés dans les secteurs de l’éducation, de la santé, des postes et télécommunications, totalisant 431 jours, soit 18 mois d’inactivité. Est-ce qu’on peut accepter cela dans un pays en crise? On ne peut pas l’accepter et je ne l’accepte pas. Je voudrais dire aussi aux hommes politiques, que ce dont nous parlons, c’est de l’Etat de Côte d’Ivoire. Nous parlons de la Côte d’Ivoire. Moi, je me suis opposé à Houphouët-Boigny, à Bédié et à Guéi (dans les derniers moments), mais je n’ai jamais mis la vie de la Côte d’Ivoire en péril. Jamais ! Il faudra que tous, nous pensions que la Côte d’Ivoire est notre patrie et que nous n’avons pas le droit de mettre sa vie en péril. Je remercie M. le Directeur (général de Fraternité Matin), Mme la présidente du conseil d’administration, tout le monde. Que Dieu vous bénisse ! Laurent Gbagbo
ECHANGES AVEC LA PRESSE
Ferro M. Bally: Nous voudrions soumettre au Président de la République de répondre après chaque question. Permettant de rendre le débat plus dynamique.
Alfred Dan Moussa (Ddr, Fraternité Matin): Excellence M. le Président de la République, je voudrais très sincèrement vous traduire la gratitude de l’Union internationale de la presse francophone (Upf) pour les actes que vous posez en sa faveur. Je voudrais citer à titre d’exemple, la dépénalisation des délits de presse, une idée chère à l’Upf. Je voudrais souligner qu’une chose est d’avoir réussi cette politique dans votre pays, une autre est de faire partager cette idée à vos pairs, aux gouvernements francophones. M. le Président de la République, pouvez-vous lever le voile de votre stratégie en direction des pays francophones?
-Je n’en ai pas beaucoup, des stratégies en direction des pays francophones. Parce que, je pense que la meilleure manière de communiquer une idée, c’est de l’appliquer soi-même. Et sur ce point, je vais lancer un appel aux journalistes. D’abord, il faut savoir que nous n’avons pas dépénalisé les délits de presse. Nous avons supprimé la peine d’emprisonnement parce que les sanctions pénales, sont des peines. Je regrette que les magistrats ne les utilisent pas très souvent pour décourager certains journaux qui écrivent n’importe quoi. Mais, nous estimions que ce n’est pas la peine de mettre quelqu’un en prison à cause de ce qu’il pense. Moi-même, j’ai été en prison à cause de ce que je pense. Mon ami Aboudramane Sangaré a été deux fois en prison parce qu’il était le Directeur de publication du «Nouvel Horizon» et «La Voie», c’était sale pour la Côte d’Ivoire. Je n’ai pas aimé cela. Et je n’ai pas souhaité que cela revienne. Nous avons donc décidé qu’on ne doive pas condamner un journaliste à des peines d’emprisonnement pour des idées qu’il émet. Nous l’avons fait. Mais, au moment où nous le faisions, beaucoup de Chefs d’Etat m’ont dit que ce n’était pas bon. Et beaucoup d’Ivoiriens, des responsables politiques, m’ont dit la même chose. Et que les journalistes allaient prendre cette liberté pour la licence. J’ai tenu bon. C’est ma conviction profonde que çà ne servira à rien de mettre quelqu’un en prison à cause de ce qu’il dit. J’ai donc tenu bon, et nous avons fait passer cela. Maintenant, c’est vous qui devriez me donner raison ou tort. Aujourd’hui, beaucoup d’hommes politiques ivoiriens, ceux qui me disaient, hier, de ne pas faire voter cette loi, viennent me dire : «on t’a dit et tu ne nous as écoutés. Tu vois tous ceux-là qui écrivent n’importe quoi. Ou qui écrivent sur le compte des autres.» Dans cette bataille, moi, j’ai fait ma part. Aux journalistes de faire la leur. En faisant ma part, j’ai estimé que les journalistes allaient avoir un sursaut de responsabilité. Hier encore, j’ai lu des choses qui n’étaient pas bien. Alors qu’il suffit de s’informer. Et on peut s’informer. Sans faire de publicité, le journal que j’aime le plus au monde est «Le Canard Enchaîné». Il peut passer un an à faire des recherches pour vérifier une information. Mais, après quand il voit que l’information est juste, confirmée après des recoupements, il la déroule. Je vous en prie, ne nous donnez pas tort. Sinon, lorsqu’un autre Président viendra, il va remettre les peines d’emprisonnement et on va recommencer les mêmes ballets à la Maca. Au moment où je prenais cette décision, j’ai discuté avec des Chefs d’Etat, des hommes politiques ivoiriens de tous les bords, dont je tais les noms, qui n’étaient pas d’accord. Confortons la liberté de la presse au lieu de la mettre en péril.
Abel Doualy (Frat-Mat): M. le Président de la République, on vous a, tout à l’heure, fait don de deux cadeaux. Dont un rappelle votre passage à Akouédo en tant qu’étudiant. Vous l’avez dit. Mais, aussi, il y a Séguéla, quand vous étiez enseignant. Alors, on se demande aujourd’hui, comment ces divergences de vue de l’étudiant et de l’enseignant se sont transformées en lutte politique pour vous conduire à la Présidence de la République. J’enchaîne pour demander au moment où vous êtes en face de la presse nationale et internationale, quel est le bilan de vos 9 ans passés à la tête de l’Etat.
Vous posez des questions très différentes. Je vous demanderais de les saucissonner. Je suis prêt à répondre à tout.
Comment les désaccords de l’enseignant, de l’étudiant se sont-ils transformés en lutte Idéologique?
Ce ne sont pas des désaccords. Quand j’étais étudiant, il faut vous en souvenir, il y avait le parti unique. Ce n’est pas parce qu’il y a le parti unique qu’il n’y a pas plusieurs pensées. C’est pour çà que nous disons toujours et moi, je le dis. Je l’ai écrit dans un livre à paraître dans quelques jours : la Côte d’Ivoire dont je rêve, n’est pas celle d’hier. Parce que j’entends souvent des gens dire: «ah oui !il faut qu’on revienne à la Côte d’Ivoire d’avant». Moi, je n’aimais pas la Côte d’ivoire d’avant. Et je ne veux pas qu’on y revienne. Je veux un pays pacifié, démocratique et prospère. Je ne veux pas du tout qu’on revienne à la Côte d’Ivoire d’avant. Parce que, c’est nous qui étions en prison. A cause de ce que nous pensions. Et je ne veux pas de çà. Je ne veux d’un pays où celui qui pense différemment de celui qui est au pouvoir, va en prison. Je ne suis pas le seul. Comme je suis aujourd’hui Président de la République, on retrouve mes traces dans tel camp militaire. Même parmi vous les journalistes, il y en a plusieurs qui ont été dans les camps militaires. J’étais à Akouédo en 1969, mais ce n’était pas l’arrestation la plus douloureuse parce que nous n’y avions fait que 15 jours. Et à la suite des négociations entreprises par Usher Assouan qui ont abouti à la rédaction de cette lettre, nous sommes sortis. Nous avons passé nos examens. J’étais en année de licence puis après je suis allé en exil. Vous avez parlé aussi de Séguéla, là j’étais enseignant, j’avais eu des problèmes idéologiques avec le Pdci et j’ai été arrêté, j’y ai fait deux ans. C’est à Séguéla et à Bouaké que j’ai connu Djéni Kobena qui était avec moi pendant les 22 mois plus exactement. J’y ai rencontré également Hoba Albert, qui est maintenant secrétaire général du Conseil économique et social, Guéi Robert qui était capitaine à l’Ecole des forces armées (Efa) où j’ai connu d’ailleurs l’armée. Mais la leçon que j’en tire, c’est ce que je vous ai dit tout à l’heure. Je ne suis pas parmi ceux qui regrettent la Côte d’Ivoire passée. Je veux qu’on avance et pour avancer il faut une Côte d’Ivoire prospère, démocratique. Il faut bâtir la paix sur la démocratie et la prospérité. Il ne faut pas donner aux gens le sentiment que c’était bon avant. Ceux qui disent que c’était bon savent pourquoi ils le disent. Parce qu’ils n’étaient pas du côté de ceux qui allaient en prison. Mais avec ceux qui siégeaient dans les instances où l’on décidait d’envoyer les gens en prison. Moi je n’y étais pas.
Ferro M. Bally: Est-ce qu’on pourrait préciser la pensée de M. Abel Doualy qui souhaitait savoir si c’étaient des divergences idéologiques.
Moi, j’étais opposé au Pdci-Rda, donc j’avais une ligne politique. Une chose est d’avoir une pensée politique, une autre est de soutenir cette pensée dans une organisation. Quand nous sommes sortis d’Akouédo en 1969 et qu’on a passé la licence que j’ai obtenue, je suis allé en Europe. A cette époque, tous ceux qui sortaient de prison, on les envoyait tous en France, pour qu’ils débarrassent le plancher. Même ceux qui n’avaient pas obtenu la licence. C’est ainsi que Jean Noël Loukou s’est retrouvé en Aix en Provence, Assoa Adou à Strasbourg... donc quand nous sommes arrivés en Europe, nous avons rencontré un certain Zadi Zaourou Bernard qui était notre grand frère et qui nous a pris en charge. On a travaillé et on se réunissait régulièrement dans la chambre d’Assoa Adou à Strasbourg. Nous avons créé une organisation marxiste. Nous étions quatre : Zadi Zaourou, Assoa Adou, Traoré Mamadou appelé « Traoré le Puissant » et que je viens de retrouver. Il est maintenant professeur à Strasbourg. Il vient de temps en temps voir sa maman ici, et en profite pour me rendre visite. Et moi-même. Nous avons créé cette organisation qui a fonctionné. Nous sommes rentrés au pays. Nous avons continué à la fortifier. Je saute les étapes… En 1980, il y a eu un schisme. Je me suis séparé principalement de Zadi Zaourou et j’ai demandé aux autres de créer une organisation pour défendre la démocratie. Parce que si nous continuions à dire que nous allons faire la révolution marxiste, en faisant des réunions de 10, 15 personnes dans la clandestinité nous n’y arriverons pas. Et si moi, j’avais été Houphouet-Boigny, je les aurais laissé faire. Parce qu’on ne pouvait pas aller loin avec cette manière de faire. Alors que si nous disions que nous allons lutter pour la démocratie, nous aurions l’ensemble des Ivoiriens. Cette idée a été acceptée. Et j’ai proposé en même temps que quelqu’un d’entre nous aille en exil. L’idée a été acceptée avec beaucoup de difficultés. Certains disaient, entre autres, ceci: « C’est un petit bourgeois qui veut se vendre au Pdci ». Mais j’ai dit qu’il faut que quelqu’un aille en exil pour porter notre combat sur la place publique. J’ai été désigné. Et comme avec les mouvements de 1982 et la répression, je n’étais pas en sécurité, je suis parti pour l’exil. C’est de cet exil que j’ai écrit L’alternative politique. C’est un des livres les plus importants dans la lutte pour la démocratie publié en 1983. Et en 1987, nous avons publié aussi Propositions pour gouverner la Côte d’Ivoire. C’est là-bas que j’ai recruté Don Mello et d’autres personnes. Voilà sommairement et vous connaissez la suite. Je suis revenu. Il y a eu le congrès de Dabou pour donner un statut au parti. Il y a eu 1990. Vous connaissez la suite. La première chose qui frappe, c’est que je ne savais pas que les gens allaient à la Présidence de la République pour demander de l’argent. La Présidence de la République est la plus grande caisse informelle du pays et même quelquefois de la sous-région. Dès que je suis arrivé, je suis tombé sur des listes de gens à qui on envoyait de l’argent par mois, pour les soutenir. C’est une chose qui heurte l’esprit de l’universitaire que je suis. Mais, de façon plus profonde, je voudrais évoquer notre crise. Je ne parle pas de Soro Guillaume, qui a rendu un immense service à la Côte d’Ivoire d’ailleurs, en se déclarant chef de la rébellion et en négociant avec moi pour qu’on sorte de cette situation. Je ne parle pas non plus de tous ces jeunes gens comme Tuo Fozié mais de la conception même d’une guerre armée, qui prend sa source sur, uniquement, le désaccord avec l’autre. J’ai été surpris de cette violence et aujourd’hui, les langues se délient petit à petit. Les gens comme Pasqua citent des noms. Je pense que d’ici dix, quinze ans, on aura fait le tour de la question, et on connaîtra tous ceux qui ont effectivement pensé cette guerre. Je voudrais, sur ce point, présenter mes excuses aux Ivoiriens. Ils m’ont élu et ils m’ont confié leur destin. J’ai été assez naïf pour être surpris par une guerre civile. Je ne pensais pas que quelqu’un pouvait faire une guerre civile pour le pouvoir. Je voudrais dire aux Ivoiriens que cela ne se répétera pas, ni avec moi, ni avec un autre. Parce que toutes les dispositions seront prises pour que la Côte d’Ivoire, notre pays, ne soit plus surprise par une guerre civile d’où qu’elle vienne. Si tu veux la paix, prépare la guerre, disaient les Romains. Je n’ai pas pris cela au sérieux. Je l’ai étudié en tant que latiniste, mais je ne l’ai pas pris au sérieux, or ils avaient raison. Je comprends aujourd’hui pourquoi les pays développés ont des armées puissantes. L’armée et la défense doivent être au niveau du développement que nous avons. Et la Côte d’Ivoire est, en Afrique de l’ouest, un pays de référence. Sa défense doit être, par conséquent, une défense de référence. Les mesures sont prises à cet effet. Cette guerre a eu bien évidement des conséquences mais pour le reste, tout se passe assez normalement. Nous avons commencé à appliquer la décentralisation qui nous semble d’une modernité indéniable. Un pays qui ne la fait pas n’avance pas. Nous avons voté la loi sur l’assurance maladie universelle, et la guerre est arrivée donc on ne l’a pas appliquée, mais elle le sera forcément.
Barthlémy Kouamé (Actu route) On entend beaucoup parler des états généraux des transports, des routes, des rails, des lagunes, pourquoi pas. Mais quand on regarde de près, il se trouve que ce sont des réunions ordinaires. N’y a –t-il pas lieu de faire des états généraux des transports et des infrastructures?
L’indication que vous donnez est juste à propos des états généraux de la route. C’est le transport qui est en cause, ce ne sont pas les routes, ni le rail, ni les bateaux, ni les pirogues. C’est l’ensemble et vous avez raison de dire qu’il faut faire les états généraux du transport, tout court. Je le dirai au ministre, mais je pense qu’il y songe déjà. Si on ne transporte pas les hommes et les biens, il n’y a pas d’économie. La production n’est rien sans le déplacement des hommes et des biens. Le capitaine Houdaille a fait les études à la fin du 19ème siècle, pour la création du port d’Abidjan. Il a trouvé cet emplacement-là, dans la lagune parce qu’elle est protégée par des houles de la mer et qu’il y a un endroit qu’on appelle un trou sans fond. Houdaille a fait également les études pour les rails du Port d’Abidjan au Niger, c’est pourquoi on a dit Régie Abidjan Niger. Il l’a fait pour les principales routes menant à l’intérieur du pays. C’est vous dire qu’il n’y a pas d’économie sans moyens de transport et on ne peut pas en privilégier par rapport à un autre. Ils sont tous importants.
Paulin N. Zobo (Frat-Mat): Grèves des enseignants, des médecins, des greffiers, des agents de l’administration du territoire, retard dans le paiement des baux administratifs. Les mouvements sociaux vous agacent-ils parce qu’ils se déroulent en période de crise ou parce qu’ils ne sont pas fondés?… Ne constituent-ils pas un obstacle à une sortie de crise harmonieuse?
Notre pays a connu la guerre en 2002. Maintenant, le dernier acte de sortie de crise, c’est d’aller aux élections. Les mouvements sociaux, surtout la grève des greffiers, freinent notre avancée vers les élections. Les efforts que nous avons entrepris à la tête de l’Etat n’ont pas d’équivalent dans l’histoire de la Côte d’Ivoire indépendante. En 2001, le budget était de 1300 milliards, aujourd’hui, il est de 2500 milliards, parce que nous avons réussi à avoir des sources de revenus autres que le café-cacao, notamment avec le gaz, le pétrole. Mais la masse salariale est de 814 milliards, soit 45% du budget. C’est trop. La norme Uemoa est de 35%. Le nombre de chômeurs officiels est de 1.200.000 dont 25% de jeunes. Nous avons fait quelques efforts et nous avons recruté à la fonction publique 72.500 fonctionnaires de 2000 à 2009. Les augmentations que nous avons opérées nous ont amené à avoir 177 milliards de plus sur la masse salariale depuis 2001. Je vous donne des détails. Pour l’éducation, particulièrement la formation, en juillet 2001, le budget était de 22, 5 milliards. En août 2007, 17,1 milliards. En janvier 2008, 2,6 milliards. En janvier 2009, 7, 3 milliards. Et en novembre 2009, 61, 2 milliards. Au niveau de la santé, en juillet 2007, c’était 1,5 milliard, en janvier 2009, 5,3 milliards, en janvier 2009, 4, 2 milliard, juillet 2009, 1,4 milliard. Pour la justice: en février 2007, 1,7 milliard. Janvier 2008, 400 millions. Mai 2008, 2,8 milliards. Janvier 2009, 2 milliards. Juillet 2009, 1,2 milliards. Pour la sécurité et l’intérieur : Nouveau statut du corps préfectoral ; Janvier 2004, 2,2 milliards. Pour la police nationale, janvier 2002, 10,8 milliards. Avril 2008, 4,9 milliards. Concernant les Affaires étrangères, mai 2008, 1,2 milliard (?). Pour l’Economie et les finances, surtout pour les agents de douane, juillet 2009, 1,4 milliard. Environnement et Eaux et forêts, en juillet 2009, 5,2 milliards. Pour le transport, en novembre 2009, 1,2 milliard. Par ailleurs, dans ces mêmes corps, les gens oublient qu’il nous faut recruter. Quand je pense à l’enseignement aujourd’hui, je ne songe pas à augmenter les salaires, je pense à recruter. Pour les enfants de l’école primaire, il manque 8.000 enseignants. Pour le secondaire, 4000. J’en ai fait suffisamment pour ceux qui sont en poste. Je n’augmenterai pas leur salaire d’un centime. Je le dis de façon claire, mais de façon sincère. Je n’augmenterai pas les salaires aujourd’hui. On parlera d’augmentation de salaire après le point d’achèvement de l’initiative Ppte. Les gens oublient que quand le pays est surendetté, ce n’est pas le Président de la République qui a des problèmes mais tout le pays. Au moment où j’ai formé le premier gouvernement Affi N’guessan, après mon élection, c’està- dire le 27 octobre 2000, nous avons trouvé une dette extérieure de 6400 milliards, je ne parle même pas de la dette intérieure. Le débat n’est pas de savoir si cette dette a été utilisée pour faire de bonnes ou de mauvaises choses. Mais pour un endettement, le problème est de savoir si on a le droit de dépasser un certain taux du Pib. Et manifestement, la dette est trop grande pour les habits de la Côte d’Ivoire. Mes deux premiers voyages en France, c’était pour demander au chef de l’Etat français de soutenir nos négociations au niveau des institutions de Bretton Woods et au niveau de l’Union européenne. Nous avons bien travaillé. Nous attendions le point d’achèvement en septembre 2002 ou en mars 2003, quand la guerre a éclaté. Conséquence, ceux avec qui nous négocions se sont retirés. Et c’est la Côte d’Ivoire qui a des problèmes. Mais malgré cela, nous avons tenu la route. Nous avons augmenté les salaires, bien qu’on ne prélevait pas l’impôt sur l’ensemble du pays. Non seulement nous avons payé tous les salaires, mais nous les avons même augmentés dans les proportions que je viens de vous indiquer. Après la signature de l’accord politique de Ouagadougou, j’ai demandé au gouvernement de relancer les négociations avec les institutions de Bretton Woods. On a connu des moments difficiles. Certains ont même cru que la Côte d’Ivoire était en cessation de paiement. Cela n’a jamais été le cas. Nous avons pris des risques à un moment parce qu’il fallait, avec les élections, que le nouveau gouvernement ait les mains libres pour relancer efficacement la Côte d’Ivoire. Aujourd’hui, nous sommes sur le point de faire les élections et d’avoir le point d’achèvement, nous avançons bien. Nous n’allons pas compromettre ces efforts. Donc je ne vais pas augmenter les salaires, maintenant. Ce que le ministre Diby propose, même à ceux avec qui, il y a pu avoir des accords, c’est de leur payer 50% et puis d’attendre le point d’achèvement pour payer le reste. Certains ne veulent rien comprendre, ils font comme s’il y a une caisse remplie d’argent qu’on peut distribuer. Nous ne pouvons pas. Je ne donnerai pas un franc et puis c’est tout… . On attend le point d’achèvement et on reprendra les négociations.
Saskia dekkes (Télé Nova de Nederland): M. le Président de la République, c’est un grand plaisir pour nous d’être devant vous. Depuis 2006, nous visitons votre pays en tant que journalistes et chaque fois nous nous sentons les bienvenus, et nous nous sentons comme chez nous. Merci pour cette conférence de presse intéressante et ouverte à la presse internationale. Pour la télévision néerlandaise, nous avons en projet une rétrospective sur l’affaire des déchets toxiques et Trafigura. C’est donc à ce sujet que je voudrais vous interroger. En 2007, il y a eu un accord entre l’Etat ivoirien et Trafigura qui s’est engagée à prendre en charge la dépollution des sites qui contiennent encore des déchets, mais les déchets sont toujours là. Qu’en pensez-vous et quels sont les moyens dont dispose l’Etat pour faire pression sur l’entreprise Trafigura ? Deuxième question, actuellement les fonds destinés aux 30 mille victimes sont bloqués, ce qui provoque des inquiétudes à Abidjan et à Londres. Quelle est votre réaction?
Cette affaire Trafigura est une histoire catastrophique, malheureuse. C’est une histoire où on s’est promené sur les mers avec la mort, cherchant où la déposer, et c’est ici qu’on l’a déposée. Nous avons été obligés de nous battre pour sauver ce qui peut l’être, Dieu merci, nous avons réussi à faire front. Mais vos questions ne concernent pas le côté humain. Nous avons transigé effectivement avec l’entreprise et perçu 100 milliards de francs pour dédommager les victimes. Nous avons dédommagé les familles de ceux qui sont morts ; les victimes qui ont été hospitalisées ; les victimes ambulatoires. Mais, nous avons fait mieux que ça, parce que 100 milliards, c’est beaucoup. Nous avons pris des décisions pour renforcer, sur le District d’Abidjan, les centres de santé. Tous ont été renforcés. Par exemple, pour faire de la radiologie, nous avons acheté un Irm, deux scanners. Nous sommes en train de construire à Cocody un autre centre de santé qui peut être soit un hôpital général, soit un Chu. Nous avons projeté de faire à Abobo un centre d’analyse des airs, de l’eau pour voir la pollution, le degré de pollution, un hôpital de veille, etc. Nous avons soutenu toutes les communes du District d’Abidjan pour les aider à renforcer leurs appareils sanitaire et sécuritaire. Les victimes ont, d’autre part, déposé directement plainte. Ça a été une affaire entre privés. Je lis régulièrement dans les journaux que l’argent qu’elles ont gagné est bloqué, je n’en sais rien, puisque c’est une affaire entre privés. Je suis, je sais, et si je suis interpellé en tant que Chef de l’Etat, je pourrai intervenir pour donner un coup de main, mais encore une fois, c’est une affaire strictement privée. Je les suis, je les encourage, je suis avec elles. Ce n’est pas l’Etat qui est engagé sur ce front-là, mais si elles font appel à nous, nous les aiderons comme nous pouvons. Cependant, notre problème principal est de faire en sorte qu’un tel accident ne se reproduise plus ; c’est de faire en sorte que nous ayons des garde-côtes suffisamment solides pour que ça ne se reproduise plus. Parce que tout le monde a été touché, tout le monde a respiré cet air nauséabond. Moi-même j’ai été malade pendant quelques jours. L’essentiel, c’est de faire en sorte que ça ne se reproduise plus. Donc nous prenons les dispositions sur nos côtes pour qu’il en soit ainsi. Nous avons envoyé des équipes de procureurs en Estonie, aux Pays-Bas, en Angleterre, partout où cette compagnie-là a des filiales, des succursales ou des sièges, nous avons travaillé dans ces domaines-là et nous savons maintenant comment est organisée cette entreprise et comment faire pour éviter que ça ne se reproduise.
Alassane diarra (L’Indépendant du Mali): M. le Président, je suis particulièrement heureux d’être devant vous aujourd’hui. Heureux parce que je vous ai rencontré quand vous étiez encore dans l’opposition. J’étais jeune étudiant en communication/journalisme à l’époque. J’ai eu la chance de vous interviewer à l’hôtel de l’Amitié. C’était d’autant plus marrant que mon chef du desk politique d’alors m’avait présenté comme étant son photographe. Je vais vous reposer la question que je vous avais posée ce jour-là, il y a une dizaine d’années, pour voir ce qui a changé en vous. Quelle appréciation faites-vous aujourd’hui, en tant que Président de la République, de l’opposition ivoirienne en particulier et de l’opposition africaine en général ?
Au plan strictement juridique, au plan de la définition des mots, il n’y a pas d’opposition en Côte d’Ivoire. Une opposition est composée de personnes qui s’opposent au programme politique de ceux qui sont au pouvoir. Ce sont des personnes organisées, qui ont leur propre manière de voir, leur propre programme contradictoire avec celui qui est appliqué, qui ne sont partiellement ou pas du tout d’accord avec ce qui se fait, et qui attendent et cherchent le suffrage des électeurs pour remplacer ceux qui sont au pouvoir et mettre leur politique en oeuvre. Nous sommes en Côte d’Ivoire, nous sommes dans une période qu’eux-mêmes ont appelée transition. Donc quand la guerre a éclaté, c’est le Chef de l’Etat seul qu’on a conservé. On lui a adjoint tous les autres qui étaient représentés à l’Assemblée nationale. Le ministre Patrick Achi qui est là n’est pas du Fpi ; il n’a pas rédigé notre programme de Gouvernement avec nous. Le ministre Diby, on l’a sorti de la direction du Trésor pour s’occuper des Finances. Le Premier ministre n’est pas du Fpi, c’est le Secrétaire général des Forces nouvelles. Le ministre de l’Environnement est du Pit. Le ministre de la Ville est d’un autre parti, etc. Tous les partis représentés à l’Assemblée nationale se sont regroupés pour former un Gouvernement pour sortir de la crise. Donc au sens du droit et au sens de la langue française, qui est notre langue officielle, il n’y a pas d’opposition en Côte d’Ivoire en ce moment. Donc ceux qui se disent opposants, ce n’est pas normal qu’ils le disent parce qu’ils abusent ceux qui les écoutent. Dans une république, les décisions se prennent au Conseil des ministres. Or nous sommes tous au Conseil des ministres. J’ai rencontré une situation similaire à Niamey, dans la même période où je vous avais rencontré à Bamako. Il y avait eu un coup d’Etat qui avait renversé un président qui luimême avait fait un coup d’Etat. J’étais au congrès d’un parti ami et mes amis étaient censés être des opposants. Quand je leur ai demandé: «Comment vous vous comportez en tant qu’opposition ?», ils m’ont répondu: «Il n’y a plus d’opposition, nous sommes au Gouvernement. Nous avons le ministère de la Communication». Donc tous les partis étaient au Gouvernement pour faire la transition et aller aux élections. Ça, c’est honnête et ça clarifie le débat politique. Parce qu’il y a des personnes qui attaquent des décisions qui sont prises aujourd’hui. On a l’impression qu’elles ne sont pas là quand elles sont prises, alors qu’elles sont là ; en tout cas leur parti est là. Voilà ce que je voulais dire. Maintenant, sur l’ensemble de l’Afrique, je pense que l’Afrique est en train de changer. Ça ne se voit peut-être pas pour tout le monde, mais ça change. Notamment dans les rapports entre l’Afrique et les anciennes puissances coloniales, ça change énormément et de façon visible. A l’intérieur de l’Afrique, les gens prennent la Guinée, la Mauritanie et disent: «en Afrique, il y a des coups d’Etat, etc.» Mettons balle à terre. Moi, je suis optimiste sur l’Afrique. Je dis : quel était l’état de la France cinquante ans après la prise de la Bastille ? Elle n’était pas encore en démocratie, elle était en période tourmentée. Quel était l’état des Etats-Unis ? Un siècle plus tard la guerre civile les attendait, avec en prime l’assassinat du Président de la République. Donc la démocratie ne se construit pas hâtivement et aucun pays ne tire profit de l’expérience d’un autre pays. Et tous les pays qui ont connu le parti unique ne sortent jamais du parti unique sans troubles. Plus les pouvoirs ont été forts, plus les troubles pour aller à la démocratie sont forts. Regardez l’Union soviétique, quand elle a fini avec le parti unique, les problèmes de nationalité ont ressurgi. La Tchétchénie et l’Abkhazie en sont des illustrations. Regardez la Yougoslavie, elle a connu un pouvoir très fort avec Tito, mais dès que Tito est parti, elle a disparu. Ce sont des républiques ethniques. C’est à peu près pareil pour les pays européens. Mais en Afrique aussi, le même phénomène, puisque nous sommes des êtres humains, a les mêmes effets. Regardez le Zaïre de Mobutu, après la disparition du parti unique et dans la marche vers la démocratie qui est à venir et qui va venir, regardez tous les troubles que le Zaïre a connus. Donc moi, du point de vue purement intellectuel, je ne suis pas étonné de ce qui m’arrive, de ce qui arrive à la Côte d’Ivoire. Mais c’est du point de vue politique, que je suis gêné parce que ça arrive au moment où c’est moi qui suis le Président. Du point de vue intellectuel, quand je réfléchis, je me dis qu’il faut passer sous les fourches caudines pour arriver à la prospérité et à la démocratie. Nous y passons, mais nous nous en sortirons et l’Afrique s’en sortira.
Moustapha Gueye (3A Télésud): Actuellement se déroule à Copenhague, le sommet sur le réchauffement climatique étant donné que celui de Kyoto n’a pas donné grand-chose. Quelle est la position de la Côte d’Ivoire? Etes-vous, par ailleurs, pour le principe pollueur-payeur?
Si nous n’étions pas pour le principe pollueur-payeur, nous n’aurions pas fait payer Trafigura. Nous sommes pour ce principe. Mais nous nous rendons compte que les pollueurs sont les plus forts. C’est pourquoi il y a les débats; c’est pourquoi il y a Copenhague. Plus les gens polluent, plus leur économie est développée, plus ils sont forts, plus ils sont riches, et quelques fois, plus ils nous narguent. Je pense que chez nous, il faut sérier, de façon précise, les problèmes de l’environnement. D’abord, la détérioration de la côte. La Côte d’Ivoire ne peut pas se lancer, seule, dans la bataille contre la mer, qui monte et qui fait tomber des maisons. A Grand-Bassam, parfois, la mer a rejoint la lagune dans Bassam-ville ou Bassam-village. A Grand-Lahou, aussi. Il arrive que Lahou-Kpanda soit complètement submergé par la mer qui monte et qui vient à la rencontre de la lagune. A Sassandra, à l’embouchure, quelques fois, l’eau peut monter à plus de 20 mètres avant de retomber. Il faudrait, sur tout le long de la côte, faire une action combinée. Et pour cela, il faut que nous nous mettions d’accord, que nous nous mettions ensemble, que nous discutions au niveau des Etats. Nous n’avons pas encore trouvé une forme d’organisation pour nous attaquer à ce problème qui, pour nous, est très sérieux. Il y a également le problème de l’avancée du désert. Les statistiques disent que le désert avance en Afrique de l’Ouest de deux kilomètres par an. Si on ne fait pas attention, dans 50 ans, le désert sera aux portes de Bouaké. Dans le contexte général de la pollution, du changement climatique, des problèmes précis se posent. Et des interrogations aussi: Est-ce que le reboisement suffit?... Je ne sais pas. Mais, il faut commencer par reboiser. J’ai salué, il y a quelques temps, la mesure qui avait été prise par mes prédécesseurs d’empêcher l’exportation du bois brut. Mais il faudrait certainement arrêter d’exploiter le bois en Côte d’Ivoire. Nous avions 16 millions d’hectares de forêts en 1960. Cinquante ans après, nous n’en avons qu’un peu plus de deux millions. Il nous reste la portion de Taï, qui est protégée avec l’aide de l’Allemagne, mais qui est maintenant comme du gruyère, puisque les clandestins y entrent. Il y a aussi le parc de la Comoé pour préserver des espèces animales, mais où des gens viennent (même du Mali, du Burkina Faso) pour faire du braconnage. Et comme il y a eu la guerre et que cette portion échappait à l’autorité... Même les tecks plantés à Bouaké à l’époque, ont été coupés et vendus. Ce qu’il faut dans les pays africains, c’est de recenser de façon précise les problèmes environnementaux. Nous, nous l’avons fait. J’ai déjà envoyé une équipe voir avec les pays voisins si on ne peut pas leur acheter du bois. Ainsi, nous pourrons interdire la coupe du bois en Côte d’Ivoire et nous en ferions venir comme matière première d’autres pays africains pour faire marcher nos usines de bois. Nous n’avons pas encore des résultats tangibles. Je n’ai donc pas pris cette décision. Dès que nous aurons des résultats tangibles avec des pays vont nous garantir de nous vendre suffisamment de bois pour faire tourner nos usines, je vais en interdire la coupe ici. J’avais demandé qu’on ne monte pas au-dessus du 8e parallèle pour couper du bois, mais on me signale qu’il y a des camions qui sont passés outre pour en couper dans la région du Denguélé, etc. Ce sont des criminels... Si on les arrête, il faut les mettre en prison.
AGNES KRAIDY (Frat-Mat): M. Le Président, l’histoire témoigne bien que vous incarnez la renaissance du multipartisme en Côte d’Ivoire. Vous vous êtes battu contre le régime du Président Félix Houphouet-Boigny (la salle qui vous reçoit porte d’ailleurs son nom). Vous avez plusieurs fois été arrêté, vous avez fait plusieurs fois la prison, vous en avez d’ailleurs parlé tout à l’heure.
En 1990, la Côte d’Ivoire retrouve le chemin du multipartisme. En 2000, vous êtes élu Président de la République. Mais curieusement, vous êtes le Président, pour l’heure, qui n’aura été élu que pour un mandat officiel de cinq ans, et qui, depuis 9 ans, préside aux destinées de la Côte d’Ivoire. Comment le démocrate que vous êtes, se sent-il dans ce fauteuil qu’il n’a conquis que pour cinq ans, et qu’il conserve, vous direz peut-être malgré vous, sans élection depuis 4 ans. Madame, cette question n’est pas du tout embarrassante, et elle me donne l’occasion de clarifier des choses. La démocratie n’est pas faite seulement par le vote. Elle est faite aussi par le respect de la Constitution et des lois. C’est cela la démocratie. Il faut faire des élections bien entendu, mais il faut aussi respecter la Constitution et les lois. En prévision de cette question-là, je suis venu avec la Constitution de Côte d’Ivoire. Et je vais vous la lire, madame. Article 38 de la Constitution de Côte d’Ivoire : «En cas d’événements ou de circonstances graves, notamment d’atteinte à l’intégrité du territoire, ou de catastrophes naturelles rendant impossible le déroulement normal des élections ou la proclamation des résultats, le président de la Commission chargée des élections saisit immédiatement le Conseil constitutionnel aux fins de constatation de cette situation. Le Conseil constitutionnel décide, dans les vingt-quatre heures, de l’arrêt ou de la poursuite des opérations électorales ou de suspendre la proclamation des résultats. Le Président de la République en informe la Nation par message. Il demeure en fonction». Première partie. Article 39 : «Les pouvoirs du Président de la République en exercice expirent à la date de prise de fonction du Président élu, laquelle a lieu dès la prestation de serment». Ce sont ces deux passages des deux articles que je voulais vous lire. Il faut que l’Etat existe, et il faut que quelqu’un l’incarne. La Constitution de la Côte d’Ivoire, dans les circonstances que nous traversons, m’indique pour incarner l’Etat de Côte d’Ivoire. C’est pourquoi je suis là. Je ne suis pas là pour des caprices de quelqu’un ou pour assouvir des soifs quelconques. Je suis là parce que c’est moi, et moi seul, que la Constitution de Côte d’Ivoire indique aujourd’hui pour continuer à incarner l’Etat de Côte d’Ivoire, jusqu’à ce qu’un autre Président, ou bien moi-même, prête serment devant le peuple et devant le Conseil constitutionnel. On ne peut pas dire qu’on est démocrate, si on ne peut pas en même temps respecter les textes, et en premier lieu la Constitution, qui est la norme supérieure de toutes les normes.
FRANÇOIS GOMBAHI (Onuci FM): M. le Président, avec votre permission, évoquons le processus de sortie de crise, avec les questions militaires. Vous avez signé récemment, 7 décrets sur l’harmonisation des grades des éléments des Forces armées des Forces nouvelles. Quels sont les décrets qui restent aujourd’hui pour vider définitivement le contentieux entre Forces de défense et de sécurité ivoiriennes et Forces armées des Forces nouvelles ? Et M. le Président, le jour même où vous déposiez votre candidature à la candidature, vous disiez que le désarment se fera après les élections. En même temps, dans La majorité présidentielle, on persiste à dire qu’il faut le désarmement maintenant. Quelle est votre position aujourd’hui à quelques mois de ce scrutin, M. le Président de la République?
La seconde question, je suis heureux que vous me l’ayez posée. Je vais y répondre, parce que je n’ai jamais dit ce que vous dîtes, et personne d’autre non plus. Je vais vous dire exactement ce que j’ai dit. En ce qui concerne la première question, il faut convenir que les problèmes militaires sont multiples. Et c’est un domaine qui est tellement délicat, qu’avant de signer un texte, je mets face-à-face les Fds et les Fafn pour qu’ils discutent d’abord. Parce que l’esprit et la lettre de l’Accord politique de Ouagadougou, c’est d’aller par consensus. Je préfère donc aller doucement, plutôt que d’aller vite et me retrouver coincé devant un problème. Mangou a désigné une équipe, Bakayoko en a désigné une autre, ils ont passé une semaine à Bassam et ils ont discuté. Il y a des points sur lesquels ils sont tombés d’accord, et d’autres sur lesquels ils ne sont pas encore tombés d’accord. Pour les points sur lesquels ils sont tombés d’accord, j’ai signé tous ces décrets-là. Il y en avait en tout 7 que j’ai signés à Mankono. J’ai signé ces décrets à Mankono, mais le choix du lieu s’est fait par hasard. Les décrets étaient prêts une semaine avant, mais le Premier ministre n’était pas là. Alors, quand le ministre de la Défense me les a apportés pour signature, je lui ai dit : je veux que le Premier ministre soit là; je veux que Mangou soit là; je veux que Bakayoko soit là; et je veux que le ministre de la Défense soit là. Ainsi, on chaque texte sera relut. Et s’il se trouve que c’est l’accord convenu à Grand- Bassam, je le signe. C’est ainsi que j’ai signé les 7 décrets, parce qu’ils étaient prêts quand j’étais à Mankono. J’ai dit aux intéressés: «prenez la route et venez me trouver ici». Il reste un texte concernant 300 policiers issus des Forces nouvelles, et formés à l’époque des négociations à Pretoria à signer. Comment se fera leur intégration dans la police ? C’est ce débat qui n’est même pas clos entre eux qui a cours en ce moment. Il reste aussi un texte sur 10 policiers qui avaient rejoint la rébellion, et pour lesquels aucune solution n’est encore trouvée concernant leurs salaires. Doit-on leur faire des rappels ou pas ? Ce sont des questions qui, pour moi, sont marginales, mais qui sont importantes pour les concernés. Mais il faut un accord, pour que moi je signe. Il y a aussi le troisième point concernant la retraite des Com’zone, sur lesquels un accord a été trouvé mais n’a pas encore été peaufiné. Je leur ai dit d’aller se mettre d’accord et de me ramener le texte consensuel. Voilà les points qui restent, mais ce n’est pas très important. Votre question est intéressante pour moi, parce que, comme on le dit, «il y a trop de sons dans Abidjan», et il faut que j’en donne aussi. D’un, je n’ai jamais dit qu’on fera le désarmement après les élections. Deuxièmement, je n’ai jamais dit qu’on fera le désarmement par les armes. J’ai exactement dit ceci : après les élections, l’Accord de Ouagadougou sera appliqué. En conséquence, ceux qu’on trouvera encore avec les armes, on les désarmera par les armes. Voilà ce que j’ai dit, et c’est très différent. C’est très clair et ça ne souffre aucune ambiguïté. On prend une partie de la phrase, et on dit : «Gbagbo dit que l’on va désarmer par les armes» ou bien : «Gbagbo dit on va désarmer après les élections». Moi, je ne vous ai pas dit cela. Mais qu’après les élections, l’Accord politique de Ouagadougou aura été appliqué ! Sinon, pourquoi je signerais aujourd’hui encore des décrets ? J’en signe aujourd’hui pour ne pas avoir à les signer demain. Il faut donc savoir écouter. Et savoir que l’objectif en politique, ce n’est pas de faire de la polémique. L’objectif, c’est de soutenir la contradiction.
Thomas Morfin (Agence France Presse) Monsieur le président, pour continuer sur la question du désarmement : l’élection présidentielle est désormais prévue pour fin février, début mars 2010. Le quatrième accord de Ouagadougou prévoit que le désarmement doit être effectif au plus tard deux mois avant les élections. Comment est-ce que cela pourra être possible?
Allez-y demander aux militaires comment cela pourra être possible. Ils sont en train de discuter en ce moment de ce sujet. Nous nous occupons, le Premier ministre et moi, des grèves. Les tâches sont partagées, mais le désarmement se fera et nous irons aux élections.
Gooré Bi Hué (Frat-Mat): Où la République en est-elle avec ses grands chantiers? Notamment l’électrification rurale, le transfert de la capitale d’Abidjan à Yamoussoukro, le prolongement de l’autoroute du Nord. Qu’est-ce qui bloque le démarrage de l’extension du port d’Abidjan? Et quelle garantie donnerez-vous aux Institutions de Bretton Woods et à tous les créanciers de l’utilisation des ressources qui seront générées par le point d’achèvement? Ces ressources ne seront-elles pas affectées au financement des grands chantiers?
Ces ressources sont les nôtres. Je ne sais donc pas où est le problème que vous posez. Les grands chantiers que nous faisons sont indispensables à la Côte d’Ivoire. Nous n’allons pas (re)faire le débat sur le transfert ou non de la capitale à Yamoussoukro. Ce débat a déjà eu lieu, il est achevé depuis 1983. Aujourd’hui, ce dont il s’agit, c’est d’appliquer cette loi de 1983. Il y a quelques jours encore, j’étais sur le chantier à Yamoussoukro. Je suis très satisfait de l’évolution des travaux. Je pense qu’à la fin de 2010, l’Assemblée nationale peut ouvrir ses portes à Yamoussoukro. La construction des seize piliers qui vont porter le pont qui formera le bâtiment de la Présidence de la République va commencer. Dans ce bâtiment, il y aura dix fois plus de places qu’à la Présidence de la République à Abidjan. Je suis très fier de ces nouveaux bureaux que je ne cache pas et que je montre à tout le monde. Deuxièmement, qui peut nier l’utilité des travaux de l’autoroute? Le gros oeuvre de ces travaux est maintenant presque à cinq kilomètres de Yamoussoukro. Le ministre Patrick Achi est ici présent, il pourra vous donner toutes les informations que vous désirez à cet effet. Et, quand nous aurons atteint Yamoussoukro, nous allons commencer la phase intégrationniste. Nous allons continuer l’autoroute entre la Côte d’Ivoire et le Burkina pour atteindre Ouagadougou. Pour le moment, ce que nous faisons, nous le faisons seuls. Il n’existe pas de port sans voies d’évacuation et sans voies pour amener les produits à ce port. Sinon votre port est mort. Ce n’est pas par hasard que nous avons le plus grand port d’Afrique noire après celui de Durban. Ce n’est pas tout. Au niveau des grands travaux, il nous faut commencer l’agrandissement du port. L’Etat a produit tous les documents, c’est à l’entreprise privée de commencer quand elle sera prête. Nous avons mis tout en ordre, de notre côté, pour que les travaux commencent. Il nous faut au moins doubler la capacité de ce port, si la Côte d’Ivoire veut rester la Côte d’Ivoire. C’est-à-dire un pays pivot. Toujours du point de vue des infrastructures, un pont va partir de l’autoroute, il traversera Yopougon, l’Ile Boulay, le lac Bakré et passera à 60 mètres au-dessus du canal de Vridi pour laisser passer les bateaux. Il sera prolongé jusqu’à Bassam pour rejoindre la voie allant vers Lagos. Ce n’est pas par fantaisie que nous lançons ces grands travaux. Il nous faut des routes de contournement d’Abidjan. Les gros camions qui viennent du Niger, du Burkina, du Mali ne doivent plus passer en pleine ville. En faisant cette route de contournement, nous libérons le centre-ville. Les Ivoiriens se plaignent d’avoir trop d’embouteillage. Moi, je parcours quelquefois les artères d’Abidjan. A bord de voitures banalisées. Et je suis aussi pris dans les embouteillages. Mais je pense que ce ne sont pas des embouteillages féroces. J’ai connu des embouteillages plus grands que ceux d’Abidjan. A Paris, sur le périphérique, quand il y a un embouteillage, cela n’a rien à avoir avec ce que nous avons ici. Ici, on circule quand même. Quand on m’en parle, j’ai l’impression que c’est quelque chose d’absolument mortel. Parce que j’ai beaucoup voyagé, j’ai vu d’autres embouteillages, notamment à Paris et à Lagos. Pour les Ivoiriens, le troisième pont qu’avait préconisé le Président Bédié, mais qui n’a pu être réalisé à cause du coup d’Etat, va débloquer la situation. Alors nous allons le faire pour des raisons psychologiques. Moi, je pense que ce n’est pas ce pont qui va débloquer la situation de l’embouteillage. En février, les travaux devraient commencer. La vraie voie sur laquelle je compte, c’est la voie Cocody-Bingerville-Bassam par le pont sur la lagune. Avec cette voie, celui qui part de Cocody n’a plus besoin de faire 30 kilomètres avant d’arriver à Bassam. Voilà les grands travaux que nous envisageons de faire. Mais il y en a d’autres. Le pont sur le Bandama, à Béoumi, qu’on a fait sauter après de mauvais calculs qui se sont avérés faux. Il faut le refaire. Pour relier le Worodougou et le pays Baoulé. Il faut faire un autre pont entre Vaou (village du département de Vavoua) et Kouibly. La colonisation a tracé des voies verticales pour ramener des produits vers le port. Il nous faut tracer des voies horizontales pour amener les hommes à se rencontrer. Il nous faudra donc faire la voie Bouna- Ferkessédougou et la voie Boundiali-Odienné. Au niveau de Dioulatièdougou, il nous faut un autre pont. Un autre également au niveau de Dabakala pour relier le pays Djimini et Djamana au pays Agni et Abron. Il y a les grands travaux qui ne sont pas les travaux pharaoniques que vous voyez. Mais ce sont des travaux utiles. Des travaux qui se justifient à cause de l’utilité et de la mobilisation nationale. Quand le Djimini va prendre ce pont et aller en pays Abron, il se sentira plus proche. Quand les gens de Vavoua vont traverser Vaou et aller à Kouibly, ils se sentiront plus proches. C’est cela la nation, la cohésion nationale qu’on renforce. Je n’ai donc pas à justifier ce à quoi va servir l’argent qui va venir. Ils (les bailleurs de fonds) savent ce à quoi cela va servir. Ils savent que je paie les grands travaux de Yamoussoukro avec les revenus du pétrole. Tout le monde le sait. C’est même dans le budget. Tant qu’on paie quelque chose de bien, on ne le cache pas. Je ne cache pas les dépenses de l’Etat puisque je le fais pour le bien public. Je peux me tromper. On peut me dire Gbagbo aurait dû choisir telle priorité avant telle autre; ça c’est le débat politique. Mais on ne peut pas dire autre chose.
Saint Claver Oula (La Voix d’Amérique): Le communiqué qui a sanctionné la dernière réunion du Cpc à laquelle vous avez participé, a recommandé le décaissement du reliquat du budget 2009 de le Cei. Selon le porte-parole de cette institution que nous avons écouté ce matin sur une radio, aucun décaissement n’a été fait. Alors que vous n’êtes pas sans savoir que des commissaires locaux de la Cei sont actuellement en grève et sont partie prenante du règlement du contentieux au même titre que les greffiers. Qu’est-ce qui empêche le décaissement de ce reliquat?
Ce sont des questions qu’il faut poser au Premier ministre ou au ministre de l’Economie et des Finances. De manière concrète, il y a d’abord le Président de la République et ensuite le gouvernement. Quand on prend de telles décisions, il appartient au gouvernement de les exécuter. Il va le faire. Au moment même où je vous parle, le ministre de l’Economie et des Finances est en train de régler le problème de la grève des médecins. Le gouvernement est aussi sur plusieurs fronts à la fois. Il ne faut pas l’oublier. Ceci dit, j’ai une entière confiance en mon Premier et en son gouvernement. Dès que possible, le gouvernement réagira. Nous connaissons les problèmes de la Cei qui n’a pas d’autre caisse que celle de l’Etat. C’est donc nous qui donnons, à notre rythme, et dans la mesure de nos moyens. C’est pourquoi nous disons à ceux qui se mettent en grève de ne pas le faire. Parce qu’il y a mieux à faire. Et le plus important est de sortir la Côte d’Ivoire de la crise par des élections. Si nous comprenons tous cela, je crois que la Cei aura plus rapidement l’argent pour faire son travail.
Hervé Macré (Le Jour Plus): Selon le dernier Cpc, les élections sont prévues pour fin février début mars. Vos adversaires politiques vous accusent de solliciter des sondages qui vous donnent vainqueur et que vous préparez le centenaire de l’indépendance de la Côte d’Ivoire prévu à Yamoussoukro en août. Pour cela, vous envisagez de traîner l’organisation des élections jusqu’à octobre. Par ailleurs, un candidat envisage de mettre en place la Haute cour de justice, une fois élu. Quelles appréciations faites-vous de ces remarques et proposition?
La Haute cour de justice est une affaire qui relève des députés et non du Président de la République. Elle doit être installée aussitôt que l’Assemblée nationale est mise en place. Il est important de compléter notre armature judiciaire avec la Haute cour puisque c’est prévu dans la Constitution. Mais, on ne peut pas le faire maintenant. Pour le faire, il faut que les députés aient été élus. C’est d’ailleurs ce qui est également prévu dans la loi. C’est pourquoi, je vous exhorte à lire la Constitution. Vous avez ensuite soulevée une question qui, à mon sens est amusante. Mes adversaires restent mes adversaires. S’ils n’ont pas grand’chose à dire, il faut qu’ils trouvent quelque chose à dire. Ils me reprochent de préparer le cinquantenaire. C’est un événement qu’il faut préparer minutieusement. Si par malheur, je n’ai pas le suffrage des Ivoiriens, celui qui va être élu sera content que le cinquantenaire ait été préparé. Mais, si je suis réélu comme je le pense, je n’aurai plus à revenir derrière. Non, n’entrons pas dans ce jeu. Il y a des choses qui intéressent la Côte d’Ivoire. Quand je suis arrivé au pouvoir, j’ai inauguré 354 dispensaires que je n’ai pas construits. Cela a été fait sous mes prédécesseurs. J’ai demandé au ministre de la Santé d’aller les inaugurer et d’y affecter des infirmiers et des sages-femmes. Notre pays est un. Et il vit en continuité. Certains chantiers que je mets en route aujourd’hui seront peut-être achevés par moi, mais inaugurés par d’autres. Je prépare le cinquantenaire de la Côte d’Ivoire et non mon anniversaire.
Mireille Abié (Le Quotidien d’Abidjan) M. le Président, la Guinée, pays voisin, est en crise. J’aimerais savoir si vous avez, déjà, pris des dispositions particulières pour que cette crise n’ait pas de répercussions sur la Côte d’Ivoire qui est en train d’en sortir. Surtout qu’on sait que la Guinée est très proche de l’ouest ivoirien qui a, déjà, payé un lourd tribut à la guerre…
Je ne suis pas d’accord avec vous, quand vous dites que la Guinée est menacée par une crise qui s’annonce. Il y a déjà la crise. Il faut veiller à ce que cette crise politique aiguë, ne devienne pas une crise militaire; que la crise soit contenue dans son caractère politique et qu’on en sorte. Tous les pays voisins sont condamnés à y travailler pour que la Guinée s’en sorte, et nous y travaillons tous: La Présidente du Liberia, le Président de la Sierra Leone, le Président du Mali, le Président du Sénégal, tous, nous y travaillons, solidaires du Président du Burkina officiellement désigné par la Cedeao pour le règlement de cette crise. C’est ce à quoi nous oeuvrons, nullement habités par le pessimisme. Rappelez-vous ce que je disais sur les antennes de la télévision ivoirienne en 1992, en substance: «il faut que les autorités ivoiriennes s’occupent de la crise libérienne, sinon elle risque de s’inviter en Côte d’Ivoire». C’est ce qui s’est vérifié dans notre cas. C’est pourquoi, tous, nous travaillons pour que cette crise garde son caractère politique. Je n’en dirai pas plus. Mais, sachez que l’affaire guinéenne est notre affaire à tous. A cause de la proximité des pays. Nous avons des rapports quotidiens et notre point de vue quotidien sur la crise en Guinée.
Ferro M. Bally (Fraternité Matin) M. le Président, toujours, par rapport à la Guinée, ne craignez-vous pas que la médiation de SEM. Blaise Compaoré soit annihilée par les différentes démarches qui sont entreprises par le Groupe de contacts?
La médiation de Compaoré est contrariée! Et, c’est toujours comme ça que les gens font. La crise est, souvent, une nourriture pour beaucoup de personnes. Quand une crise éclate, il y a des gens qui s’en repaissent. Regardez la crise de la Côte d’Ivoire! Pourquoi a-t-elle quitté Lomé pour aller à Marcoussis? Pourquoi avoir quitté Marcoussis pour aller à Accra? Comment Marcoussis a-t-il fait pour venir à Accra? Pourquoi les règlements des crises voyagent-ils? Quand nous devions signer l’Accord de Ouagadougou, une semaine avant, il y a même un Chef d’Etat qui a dit que c’était bien que nous ayons négocié, mais qu’il fallait qu’on vienne signer l’accord dans son pays. Depuis, je ne suis plus allé chez lui. Les crises voyagent parce qu’il y a des personnes qui veulent faire leur carrière sur leur dos. Blaise Compaoré a été nommé comme médiateur dans la résolution de la crise guinéenne, mais qu’on le laisse travailler! Le jour où il a été nommé, je l’ai appelé pour lui adresser mes félicitations. Puis, je lui ai dit: «Frère, nous sommes là, tous les Chefs d’Etat des pays voisins à ta disposition. Si tu veux qu’on entreprenne une quelconque démarche, tu nous le dis». Et, en principe, il a les mains libres pour travailler. Mais, il y en a qui cherchent toujours à… Pensez à notre crise, pensez aux voyages des négociations de notre crise ! Ces différents voyages n’étaient pas des voyages innocents. Je soutiens Blaise Compaoré, puisque c’est lui qui a été désigné par notre organisation, la Cedeao. Cette posture est dans le droit fil de ce que j’ai préconisé à la tribune de l’Onu. A savoir que l’Onu est devenue trop petite pour les affaires du monde et que le monde est devenu trop grand pour elle. Il faut donc, à chaque fois qu’une crise survient quelque part, saisir l’organisation régionale, l’Union africaine, en l’occurrence, ou l’organisation sousrégionale, comme la Cedeao. Il nous faut donc soutenir le Président Compaoré dans sa tentative d’éliminer la crise guinéenne.
Danièle Tagro (Indépendant) On assiste à l’augmentation anarchique et fantaisiste des prix des denrées et produits de première nécessité. Que faites-vous pour mettre un terme à cette situation difficile que vivent au quotidien vos concitoyens?
Le Président de la République que je suis fait beaucoup pour l’amélioration du quotidien de ses concitoyens. La hausse des prix des produits de première nécessité est une réalité, un phénomène mondial. La Côte d’Ivoire n’y échappe donc pas. Ces hausses des prix trouvent leur explication dans la flambée des prix des produits pétroliers qui sont fluctuants. Nous sommes passés progressivement de 30 à 147 dollars le baril de pétrole. Mais aujourd’hui, le cours est passé en dessous des 147 dollars. Il se situe en moyenne entre 73 et 78 dollars le baril. Quand le prix du pétrole augmente tout augmente. Nous avons mis en place un mécanisme de changement automatique. Lorsqu’il y a une hausse du cours du pétrole, cela se répercute automatiquement sur le prix à la pompe. Cela est aussi valable quand le cours baisse. L’Etat de Côte d’Ivoire n’a plus les moyens de maîtriser les cours du pétrole. La Société ivoirienne de raffinage (Sir) qui avait des économies importantes n’en a plus. Puisqu’elle est obligée de payer comptant le pétrole pour le raffiner et le vendre. Les propriétaires des camions et des véhicules ont besoin de carburant pour leur mise en marche. Quand le prix du carburant est élevé et qu’ils vont acheter du riz, forcément, cela se ressent sur le prix de vente. Il faut comprendre ce mécanisme. Par ailleurs, la raréfaction des matières premières alimentaires fait grimper leur prix. J’ai ici des conseillers que j’ai dû envoyer en Thaïlande, en Inde… pour acheter de grandes quantités de riz pour ravitailler le marché national même s’il est cher. Car on était sous la menace d’une rupture d’approvisionnement en riz. Je préfère que les Ivoiriens aient du riz cher que pas du tout. En appliquant cette politique, on a quand même diminué les taxes sur le riz. On est allé visiter les magasiniers pour voir s’ils le répercutaient sur le prix de vente. On s’est rendu compte que certains le faisaient, d’autres pas. Nous sommes dans une période où les prix des choses vont encore augmenter. Ils iront crescendo. Cette augmentation ne fera certainement pas plaisir à bon nombre de mes concitoyens, à moi-même non plus. Mais cela n’est pas le cas de ceux qui exploitent le pétrole en Côte d’Ivoire. Ces derniers sont contents de cette situation dont ils tirent d’énormes bénéfices. J’ai rencontré le responsable de l’entreprise qui exploite le pétrole ivoirien, il était heureux. Il m’a dit: «Président, ah, si le baril de pétrole pouvait rester à 147 dollars!». Il gagne de l’argent dont une partie atterrit dans les caisses de l’Etat de Côte d’Ivoire. Il feint d’ignorer les souffrances du petit peuple parce que chacun parle dans son intérêt. C’est pour cette raison que j’exhorte les uns et les autres à faire la culture vivrière pour que nous ne soyons plus dépendants de l’extérieur. Heureusement, j’ai été entendu. Maintenant il faut organiser la commercialisation des produits vivriers. Il nous faut également organiser l’achat bord champ et la commercialisation du riz. Le prix du cacao est aussi en hausse. Pendant que certains sont fâchés, à cause de l’augmentation du prix du riz, les paysans sont contents, parce que le prix du cacao augmente. Aujourd’hui, le prix indicatif du cacao bord champ est fixé à 950 FCFA le kg. Le phénomène qui fait que le prix du riz augmente est le même qui est à l’origine de la hausse du prix du cacao. Nous devons faire des sacrifices en vue de réajuster notre économie. Nous devons produire ce que nous mangeons. Nous allons y parvenir.
Hervé Macré (Le Jour Plus) Il y a quelques mois vous avez pris la décision de relever l’âge de la retraite de 55 à 57 ans. L’ancien Premier ministre ivoirien, Alassane Dramane Ouattara, l’avait réduit afin de recruter le maximum de jeunes. Pourquoi cette décision?
Effectivement, votre journal interprète cette décision. Nous n’avons pas de problème avec l’âge de la retraite. La Côte d’Ivoire est un pays jeune. 45% de la population à moins de 15 ans ; 70% de la population a moins de 30 ans. Si on avait appliqué, à la lettre, les mesures prises en son temps par le Premier ministre Alassane Dramane Ouattara, il y a des professions qui auraient été sinistrées. Il y a une année où j’ai été obligé de prendre un décret pour maintenir à leur poste tous les professeurs titulaires de l’Université. Un professeur titulaire d’université, ça ne se forme pas en six mois de stage ! C’est au moins en 25 ans. Il y a eu une année où dans des matières comme les mathématiques il n’y aurait plus eu d’enseignements si j’avais laissé les gens aller à la retraite. Nous ne connaissons pas de problème particulier avec l’âge de la retraite. Mais je préfère pour le moment maintenir en fonction ceux qui ont acquis de l’expérience. Surtout que cela ne gêne pas le recrutement des jeunes. Ce n’est pas parce que l’on aura maintenu 10 professeurs titulaires en médecine, en mathématiques, en lettres, en droit … que nous n’allons pas recruter 30 assistants. Tu peux les garder et recruter 30 ou 40 assistants qui vont au contraire profiter du savoir des autres. Pour revenir à Alassane Dramane Ouattara, on l’a appelé en urgence à une période où il y avait beaucoup de problèmes. Il a fallu donc qu’il se débarrasse de beaucoup de salariés. Aujourd’hui, je suis beaucoup plus à l’aise qu’il ne l’était il y a quelques années. J’ai créé une situation grâce à laquelle nous avons des revenus plus importants. J’ai fait passer le budget de 1300 à 2500 milliards de FCFA. J’ai plus de moyens que lui n’en avait. Je fais une politique de mes moyens.
Vous disiez vouloir aller aux vite, vite aux élections. Depuis quelque temps, vous semblez ne plus être de cet avis. Pourquoi ce revirement?
C’est vrai que j’ai dit s’il n’y a pas d’élection, qu’est-ce que cela fait. Et un journal proche du vôtre a écrit que j’avais un double langage. Je pense toujours qu’il faut vite aller aux élections. Dans les propositions que j’ai faites après la signature de l’accord de Ouagadougou on aurait dû aller aux élections en décembre 2007. Je le dis pour deux raisons. La première, c’est en tant que Chef d’Etat. Il faut qu’on ait un gouvernement plus homogène. La seconde raison, c’est en tant que candidat. Plus vite on va aux élections et mieux ça vaut pour moi. J’y ai tout intérêt. C’est la Commission électorale indépendante (Cei) qui organise les élections. Quand elle vient me voir pour me dire qu’on n’a pas fait telle chose, que voulez-vous que je leur dise? De bâcler le travail d’identification pour lequel on a eu la guerre? Cela n’est pas possible. Il faut qu’on sorte véritablement de la crise. On n’est pas mort parce qu’on n’a pas fait les élections le 29 novembre. Malgré mon ardent désir d’aller à des élections justes et transparentes avant cette daté, on est encore là. Il faut toujours travailler pour la Côte d’Ivoire. Il faut travailler pour un retour définitif de la paix dans notre pays. Aujourd’hui, il y a des choses qu’on disait qu’on ne dit plus. Les gens parlaient d’ivoirité. Qui en parle encore ? Personne. Parce que j’ai pris toutes les mesures qu’il faut pour qu’on n’en parle plus. Aujourd’hui tout le monde est candidat. Qui va encore se plaindre d’être exclu? C’est ainsi qu’il faut travailler pour la Côte d’Ivoire. Il faut que demain, elle avance sur des pieds solides. C’est cela l’objectif. Je ne travaille pas à retarder les élections. Au contraire, je travaille pour qu’elles aient lieu le plus vite possible. J’ai même lu un journal qui se demandait si le Président de la République n’était pas derrière la grève des greffiers. C’est pitoyable ! Il ne faut pas que les gens s’amusent avec le destin de la Côte d’Ivoire. L’intérêt de notre pays, c’est d’aller aux élections le plus tôt possible. Mais pour moi qui suis le Président de la République, aller vite aux élections, ce n’est pas marcher sur le cadavre de la Côte d’Ivoire. C’est de laisser à l’organisme chargé d’organiser ces élections, le temps de bien faire le travail qu’il faut pour que les maux qui nous ont amené la guerre ne reviennent plus. Une fois que nous aurons compris cela, je crois qu’il n’y aura plus de problème dans notre évolution vers les élections.
Source : Fraternité Matin Lavoici.news |
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